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Reportage - "Pierre à l’édifice", une association qui porte bien son nom


Rugby31 est parti à la rencontre de Pierre Bellemere, fondateur de l’association "Pierre à l’édifice", pour vous faire voyager mais également pour vous prouver qu'encore une fois, notre sport est porteur de grandes valeurs qui s’exportent très facilement à l’étranger. Fraîchement revenu d’Inde, Pierre nous explique en quoi consiste son association et les actions qui y sont associées. Une bien belle initiative ! (par M.-E. O.)



En Inde, Pierre est dans son éléments. Photo DR
En Inde, Pierre est dans son éléments. Photo DR
Pierre, comment est née l'association "Pierre à l’édifice" ?
L'idée a germé dans ma tête au retour de ma première mission en Inde où j'avais entraîné l'équipe de Bangalore dans le Sud du pays. Je voulais alors aller dans le même sens donc j'ai passé ce diplôme qui pouvait m'apporter des connaissances là où j'avais eu des lacunes lors de mon premier séjour. Pendant ce diplôme, j'ai partagé ma volonté de repartir avec mes différents professeurs qui m'ont conseillé et encouragé à monter mon association pour légitimer mon action.

Justement, présente-nous là...
"Pierre à l'édifice" est une association loi 1901 dont je suis le président et dont mon père est le secrétaire. Le but de l'association est de développer le rugby à l'étranger et de favoriser l'ascension scolaire et sociale via les valeurs du sport. L'association souffre pour l'instant de volontaires. Plusieurs personnes sont au conseil d'administration, conseillent et soutiennent les projets, mais je suis le seul à exécuter les missions.

Pourquoi as-tu choisi l'Inde ?
En 2008, quand j'y suis parti, c'était en réponse à une offre pour entraîner un club. J'y suis allé un peu au culot et ça a plutôt bien marché. Là-bas, j'ai appris beaucoup de choses, j'ai beaucoup aimé le pays et je me suis pris une énorme claque par rapport au niveau de vie des personnes, de leurs sacrifices quotidiens et accessoirement leur place dans la société. Je me suis rendu compte que le rugby pouvait leur apporter un petit plus en leur permettant d'avoir une meilleur estime d'eux-mêmes et de leur permettre de s'élever un peu socialement et scolairement via les valeurs du sport. C'est pour ça qu'une fois l'association créée, je me suis dirigé vers l'Inde connaissant du monde là-bas. J'ai pris en charge les entraînements des différentes équipes du club avec lequel je travaillais (Delhi Hurricanes Rugby Football Club). J'ai donc entraîné les seniors et les féminines, créant rapidement une école de rugby et lançant un programme avec une ONG qui travaillait avec des enfants en échec scolaire. Je me suis également occupé de la communication du club, de la recherche de partenaires, de l'introduction du rugby dans les écoles et de l'organisation d'événements. J'ai fini ma période en Inde en entraînant l'équipe nationale indienne féminine de rugby à VII pour le tournoi qualificatif à la Coupe du monde. Ça a été une super expérience !

Combien de temps a duré cette action ?
Je suis parti du 5 septembre 2011 au 29 février 2012 et du 1er juin dernier au 8 octobre avec un intervalle me permettant de refaire mon visa.

"En Inde, le rugby reste un sport mineur, écrasé par le cricket"

Quel bilan tires-tu de ta mission ?
Sportivement déjà, le club a été sacré pour la première fois de son histoire champion national de rugby à VII, les féminines ont décroché leur accession à la première division nationale en atteignant la finale de la deuxième division, huit hommes du club ont porté le maillot de la sélection nationale et pour la première fois, une fille. Le club est passé de 70 personnes jouant au rugby à près de 300 en comprenant les écoles et ONG. Néanmoins, le rugby reste un sport mineur en Inde, écrasé par le cricket qui est très puissant et qui absorbe tous les sponsors. Il est donc très compliqué pour tous les autres sports de subsister à côté de ce géant. Les sponsors se font rares et les financements sont quasi-inexistants. De plus, le gouvernement n'a pas de politique pour encourager le sport avec très peu d'espaces sportifs et encore moins d'aides des institutions. Je pense qu'à mon niveau, j'ai fait le maximum. Si j'avais voulu faire plus, il m'aurait fallu des financements difficiles à avoir. Donc je suis relativement satisfait de ce que j'ai fait même si on peut toujours faire mieux !

Quelles sont les perspectives à court et moyen termes de l'association ?
Je vais peut-être envoyer une personne volontaire en Inde pour une nouvelle mission, mais c'est loin d'être fait. Sinon personnellement, j'ai aujourd'hui 24 ans et je ne peux plus trop me permettre de parcourir le monde pour développer le rugby volontairement et sans revenu. Donc à l'heure actuelle, je suis à la recherche d'un emploi. Je me suis rapproché de la Fira et de Jean-Claude Baqué pour étudier la possibilité de partir en Europe de l'Est pour travailler au sein d'une fédération locale au développement du rugby. Je pourrais ainsi continuer le but de mon association là-bas. Sinon, je recherche via d'autres associations, j'essaye de faire marcher mon réseau personnel, mais il est toujours difficile de trouver un emploi qui rémunère dans le rugby. J'envisage peut-être à court terme, de ne pas repartir, de trouver un emploi alimentaire et de faire peut-être des missions ponctuelles d'un ou deux mois une fois par an. Bien entendu, si des volontaires sont prêts à tenter l'aventure, je suis prêt à les encourager, et les soutenir via l'association. Mon but est qu’elle s'affranchisse de moi car il est vrai qu'aujourd'hui, si je ne suis pas là, il n'y a pas d'association.

Comment en es-tu arrivé à entraîner en Inde ?
J'ai toujours proposé d'entraîner. C'est même une grande partie du travail car le but de l'association est entre autre de promouvoir l'ascension sociale. J'ai fait devenir des joueurs du club champions nationaux et joueurs internationaux. Si ce n'est pas une promotion sociale ça ! Même si concrètement rien ne change réellement pour eux, le regard des gens change, tout du moins ceux qui les connaissent. Des articles sont rédigés sur eux, et ils ont une meilleure estime d'eux-mêmes, ils se sentent importants. Le fait de développer l'équipe senior permet de développer un sentiment d'appartenance à un groupe et crée un but, un objectif, pour les jeunes qui commencent le rugby. Ils connaissent "les grands", ceux qui jouent en équipe d'Inde et veulent ainsi les imiter. Même si ce n'est pas grand-chose concrètement, cela leur permet parfois d'oublier leur condition, de rêver et de se sentir dans un groupe, une famille.

Propos recueillis par M.-E.O.

Pour suivre l’association Pierre à l’édifice sur Facebook :
Pour voir les actions de Pierre en image :
Les féminines ont accédé à la première division. Photo DR
Les féminines ont accédé à la première division. Photo DR

Pierre Bellemere, le digest

Né le 26 février 1988 à Athis-Mons (91).
Troisième ligne aile
Clubs : Villefranche-de-Lauragais (1994 à 2007), Espoirs de Montpellier, Lunel, Villefranche-de-Lauragais.
Titulaire d'un bac littéraire (Lycée Bellevue) et d'un Deust Action et Commercialisation des Services Sportifs (UFR Staps de Montpellier), un diplôme professionnalisant passé en deux ans et visant à apprendre les bases pour créer et gérer des structures sportives.

Parmi ces joueurs, huit ont porté le maillot de la sélection nationale. Photo DR
Parmi ces joueurs, huit ont porté le maillot de la sélection nationale. Photo DR

Les garçons ont été sacré en rugby à VII. Photo DR
Les garçons ont été sacré en rugby à VII. Photo DR

Samedi 24 Novembre 2012

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