Club House

Le 31ème joueur a toujours raison ! Mais...


Loin de vouloir créer toute polémique, Rugby31.fr a voulu éclairer les rôles souvent ingrats des arbitres. Mais à force d'ingratitude, certains s'octroient des passe-droits, quelques pouvoirs malsains qui ont tendance à irriter les plus férus d'entre nous tous. Que personne ne s'y méprenne ici, et surtout pas les premiers intéressés, il ne s'agit – c'est également répété dans l'article – en aucun cas d'une tribune à leur encontre, simplement des faits constatés qui auraient très bien pu être évités. Entre excès de zèle et comportement irréprochable, le pas est parfois si minime que certains se plaisent à le faire. Nous pourrions également dresser un tel constat sur quelques joueurs, mais l'homme au sifflet a une place tellement singulière dans tout sport. Entre humour et humeur, le partage des torts est ici dressé. Pour qu'il ne ressorte qu'un vainqueur : le Rugby ! (par Professeur Tournesol)



En voilà un qui doit énerver quelques hommes aux sifflets... A Rugby31, nous sommes plus nuancés. Photo DR
En voilà un qui doit énerver quelques hommes aux sifflets... A Rugby31, nous sommes plus nuancés. Photo DR
Deux fois quinze font trente. Il n’empêche, il y a de la place pour un acteur supplémentaire dans notre sport, voire trois lorsque ceci s’avère impératif. Vous l’aurez reconnu, notre ultime larron, c’est M. l’Arbitre, et il a toujours raison. Mettez-y une majuscule si vous le souhaitez, la particule devant si vous le désirez également, on imagine que tout cela dépend surtout des circonstances. Il y a forcément les éternels lésés, ceux qui pensent que l’homme du centre du terrain les a dans le nez depuis ce fameux dimanche 13 mars 1984, lorsque son père était venu arbitré les paternels de ceux qui sont de nouveau sur le pré. Lesquels procréateurs se retrouvent souvent de l’autre côté des talanquères pour supporter la descendance, génétique, ou simplement rugbystique (l’un n’étant pas si loin de l’autre selon la conception que l’on se fait de notre sport). Il y a aussi ceux qui, nonobstant l’ingratitude de la tâche qu’ont les hommes en vert – ou violet dorénavant –, se veulent critiques d’abord envers leurs protégés : "Si l’on s’était mis à l’abri avant, on n’aurait pas parlé de la médiocrité subjective du corps arbitral". Bon, d’accord, ceux-ci sont les plus polis du bord de terrain. Qu’importe, il est rare que les coups de sifflet qui balayent les quatre-vingts minutes d'une rencontre fassent l’unanimité, dans le bon sens de la chose. Mais revenons donc à celui qui est ci-dessus évoqué, notre sujet principal, en quelque sorte la problématique de notre dissertation : l’arbitre.

Alors, messieurs les arbitres, nous ne ferons ici pas un plaidoyer contre vous, mais seulement des constats d’actions, de décisions, et de sanctions aperçues lors de nos, dorénavant nous pouvons nous en targuer, nombreux déplacements sur les bords du terrain. Effectivement, vous êtes les cibles de bon nombre de critiques, mais, comment, lors d’un coup de pied donné à un joueur au sol, fait avoué par celui que nous nommerons "chausseur", il est possible de ne pas sanctionner cet acte par un carton de la plus sévère des couleurs ? Comment donc, certains peuvent se permettre des commentaires et de critiquer le jeu de deux équipes, dans un match qu’ils sont eux-mêmes en train d’arbitrer ? Susurrer des remarques désobligeantes à des joueurs dont le seul plaisir est d'être sur le pré est-il seulement un acte digne d'un arbitre... Vous connaissez pourtant le dicton "Qui sème le vent…"

Le bras tendu et le geste ferme, entre sévérité juste et triste zèle, la frontière n'est pas si épaisse. Photo JDD
Le bras tendu et le geste ferme, entre sévérité juste et triste zèle, la frontière n'est pas si épaisse. Photo JDD
"... récolte la tempête"

Oui, il a toujours raison mais... Autre particularisme donc, précédemment évoqué, que le quidam des spectateurs peut observer en s'extasiant de la richesse de notre Top 14 : l'arbitrage à trois. En soi, les acteurs sont souvent plus rassurés, et l'ensemble du public – amateur, il va sans dire – se dit alors que l'équité n'en sera que plus respectée. Il faut croire que les choses ne se passent pas toujours comme tout le monde le souhaite. Exemple pour le moins concret : action pour une équipe que l'on nommera X, plusieurs temps de jeu dans les vingt-deux de l'équipe Y. Le ballon sort au large, pendant ce temps là : altercation, l'arbitre de touche lève son étendard mais l'action continue... Essai en faveur des "X" ! L'arbitre – central – va voir son juge de touche, accorde l'essai, et distribue un carton jaune à l'équipe Y et un rouge à l'équipe X, avec pénalité au centre du terrain pour l'équipe Y. L'essai n'aurait jamais dû être accordé, le "jeu déloyal" primant sur toute autre forme de jeu... D'autres encore, passent le plus clair de leur temps à entrer dans une lutte du verbe avec les spectateurs, préférant des joutes linguistiques au jeu rugbystique, et c'est forcément là que le bât blesse, et qu'il apparaît le plus navrant. "Je ne me suis pas échappé là-bas, je ne vais pas m'échapper ici !" est une des phrases récemment entendues sur le bord d'un terrain. (Nous taisons ici les lieux, pour ne pas qu'un recoupement soit fait à l'encontre de cet arbitre qui a eu ces quelques mots et qui s'est montré très romantique au point d'adresser quelques baisers en direction des talenquères). Un mot également sur les arbitres qui sont lancés dans le bain. Souvent, l'incompréhension est totale, notamment lors de matchs de jeunes. Certains ne connaissent qu'une partie des gestes, une partie des fautes, et malheureusement, ce n'est pas comme ça que l'on relancera l'attrait du rugby dans les campagnes mourantes, et contraintes à des regroupements, quand les "gros" clubs ratissent large !

La parole aux intéressés...

Juge de touche, un rôle ingrat qui n'est pas toujours rempli avec sérieux. Photo illustration Rugby31
Juge de touche, un rôle ingrat qui n'est pas toujours rempli avec sérieux. Photo illustration Rugby31
Sous couvert d'anonymat, deux arbitres ont bien voulu répondre à quelques questions concernant certains des faits précités. Extraits.

Arbitre A : "Si tu veux que les joueurs te respectent, tu ne peux pas te permettre de les brancher. Je le condamne mais cela ne m’étonne pas que certains joueurs en viennent à dégoupiller. Je n’en connais pas beaucoup qui s’adonnent à ce genre de choses. Nous sommes plutôt des pédagogues."
"C’est difficile et moi le premier, il m’est arrivé de répondre. Quand pendant 80 minutes tu en prends plein les oreilles, cela devient gonflant et tu finis par répondre."
"Faire la touche, c’est beaucoup plus ingrat que d’être au centre car tu prends toutes les réflexions possibles."

"Nous nous parlons : « Tiens, tu vas là, je les ai faits la semaine dernière, ça va être chaud » ou au contraire « tu peux y aller tranquille » "
"C’est vrai que quand une équipe t’emmerde toute l’après-midi et que la rencontre est équilibrée, à un moment ou à un autre, la rencontre a des chances de basculer de l’autre côté."

Arbitre B : "Brancher les joueurs ou parler au public, ce n’est pas à faire. Je ne le conseille vraiment pas. Mais malheureusement, nous sommes aussi des Hommes."

Quand on n'a que l'amer !

L'arbitre a toujours raison. Bon parfois pas les bonnes mais... Le réquisitoire s'arrêtera là, et pour cause. Nous n'allons pas stigmatiser ce qui se passe sur trois ou quatre terrains lorsque sur une centaine d'autres, tout se passe correctement, voire très bien. Il faut rendre à César ce qui lui appartient, et aux arbitres le respect qu'ils sont en droit de demander. Garants de la sécurité des joueurs, ils sont souvent surtout garants de la leur, et c'est bien ça le plus dramatique. Le public, qui peut faire basculer une rencontre lorsque celle-ci est serrée, tendue, possède une multitude de "coups" pour faire dégoupiller qui il lui semble bon. Néanmoins, il est fort regrettable que certains agités du bocal en viennent aux mains, une fois les trois coups de sifflet ayant retenti dans la solennité du moment pour les perdants, et dans l'euphorie des gagnants. Nous ne parlerons pas ici des joueurs, dont l'énervement peut être compris, et parfois normal, mais dont les gestes d'humeur sont formellement interdits et intolérables. Alors, comment, il est vrai, donner envie d'arbitrer à des jeunes quand on voit comment se déroulent certains matchs ? Comment, encore, donner envie de poursuivre à certains qui sont déjà dans la "profession" ? Tant de questions auxquelles pourraient s'en ajouter bien d'autres. Les arbitres, sont avant tout des hommes, qui n'ont ni la science infuse, ni des yeux partout quand 300 spectateurs regardent tous un endroit différent. L'indulgence se doit d'être de mise, et il n'y a malheureusement pas cet ingrédient essentiel au bon déroulement de toute rencontre en permanence.

La rencontre des électriciens et des postiers n'est jamais bon signe... A raison... ou à tort... Photo d'illustration Rugby31
La rencontre des électriciens et des postiers n'est jamais bon signe... A raison... ou à tort... Photo d'illustration Rugby31
Alors, entre critiquables, critiqués, critiqueurs, il n'y a souvent que peu de différences. Les critiqueurs aimeraient arbitrer, les critiquables, parfois laisseraient leur place, et les critiqués y sont trop attachés pour la laisser à quiconque. Dans les valeurs inculquées depuis le plus jeune âge dans notre sport, et c'est tout l'honneur que l'on en tire, le respect est primordial. Or, le respect, s'il n'y a pas une mutualité, il ne peut exister. Loin de tout débat idéologique, un arbitre peut faire basculer une rencontre à lui tout seul, bien souvent contre son gré – et c'est là que l'erreur humaine entre en jeu –, mais également, si peu souvent, mais déjà trop, en y mettant quelque peu de sa volonté. Si chacun y mettait du sien, nous ne parlerions peut-être plus de trente-et-unième joueur, mais bel et bien de premier arbitre, un combat de la plus haute importance. Ah l'arbitre, un joueur qui aura décidément toujours raison...

Vidéo d'un groupe d'Ultras supportant l'arbitre au Pérou, une sympathique initiative que l'on aimerait à voir un peu plus souvent.

P.T

Mardi 3 Mai 2011

Nouveau commentaire :