Pourquoi avoir choisi le rugby ?
Marjorie : J’ai commencé à pratiquer d’autres sports avant et j’ai commencé le rugby parce que mon petit frère jouait. J’ai de suite accroché avec l’ambiance.
Manon : Je vis dans un monde de rugby mais mes parents n’étaient pas spécialement favorables pour que je joue. Quand je suis rentrée à la faculté, mes collègues de classe jouaient et m’ont entrainé dans ce sport. Et le rugby m’a plu dix fois plus que les autres sports que j’avais pratiqués, notamment le basket.
Sentez-vous l’image masculine qui se dégage de ce sport ?
Marjorie : Les mentalités évoluent. Il y a quelques années, les joueuses étaient effectivement vues comme des garçons manqués. Beaucoup ne comprenaient pas la pratique féminine mais maintenant, de plus en plus de monde s’y intéresse.
Manon : Non, au contraire. Pratiquant du rugby, je peux témoigner que les filles qui jouent ne sont pas masculines, loin de là. Depuis six ans que je pratique le rugby, les mentalités évoluent autour, je le vois. Ce sont plus les personnes âgées qui ont du mal à accepter le rugby féminin.
Le sentiment d’être en équipe de France est-il vraiment aussi fort que le décrivent vos homologues masculins ?
Marjorie : Oui, c’est avant tout une grande fierté. Porter le maillot national est toujours quelque chose d’important. C’est une bonne reconnaissance malgré la faible médiatisation dont on bénéficie. Mais, quand on voit cette semaine les gens présents aux entraînements, la presse quotidienne qui parle de nous tous les jours, cela fait vraiment plaisir.
Manon : C’est surtout une fierté de faire partie des joueuses qui peuvent évoluer à ce niveau-là. On bénéficie d’une richesse d’entraînement, de rencontres contre les meilleures équipes mondiales. Ce sont des opportunités énormes. On voit que la médiatisation commence à venir et déjà le peu prend du temps ! Quelque part, ça a du bon d’être moins médiatisé, on n’a pas à subir les critiques parfois très négatives d’après-match, même si c’est forcément bon d’être médiatisé et reconnu.
Quel statut avez-vous en tant qu’internationales ? Y a-t-il des avantages ?
Marjorie : Honnêtement, il n’a pas énormément d’avantages. On a un statut limité même si on est sur les listes de haut niveau. Cela m’a permis de bénéficier d’un aménagement pour mes études (licence de droit en quatre ans). Il y a aussi quelques aides financières avec le comité mais rien à voir avec les hommes.
Manon : Concrètement, on n’a aucun réel avantage. La notoriété du statut m’apporte plus dans la vie de tous les jours. Mon image d’internationale est aussi utilisée à Rebonds ! (Ndlr : association d’insertion sociale dans les quartiers prioritaires par le rugby) mais je ne bénéficie pas d’aménagement dans mon travail.
Avez-vous déjà entendu des remarques négatives sur votre choix de sport ?
Marjorie : Oui bien sûr que j’en ai déjà entendues, mais cela venait plus des non connaisseurs. Quand ils connaissent des joueuses, les gens changent d’attitude.
Manon : Pour ma part, les remarques viennent principalement des femmes âgées. Elles ont du mal à comprendre pourquoi ce sport. Dans ma famille notamment, j’entends encore aujourd’hui des critiques. Sinon, au contraire, les hommes aiment cette pratique. Même si ce n’est pas à la hauteur du rugby masculin, il y a un vif intérêt.