Féminines

International - Un peu de féminité dans ce monde de brutes


Depuis dix ans, le rugby connaît une ascension crescendo. Le statut de vice-champion du monde, les valeurs inculquées ou encore les frasques footballistiques ont permis à ce sport de bénéficier d’une certaine popularité. Malgré un ancrage territorial très fort, il semble peu à peu charmer l’ensemble du pays. Vous l’avez compris, aucun argumentaire n’est nécessaire pour prouver les qualités de ce sport, à part peut-être, quand on décide de le conjuguer au féminin.
Du rugby féminin vous dites ?! Voyons, le rugby est un sport de combat. Un sport de brutes joué par des gentlemen ! Les pratiquantes doivent avoir un physique de camionneuse non ? Normalement, une femme, ça fait de la danse classique ; ça c’est féminin !
Histoire de faire parler ces messieurs, je suis allée à la rencontre des ambassadrices toulousaines à l’occasion du Tournoi des 6 Nations. Avant le deuxième match, les Saint-Orennaises Manon André et Marjorie Mayans nous livrent quelques impressions sur leur statut de femmes du rugby. (par Clémence)



Le rugby a changé ces dernières années et se conjugue de plus en plus au féminin. Photo Rugby31
Le rugby a changé ces dernières années et se conjugue de plus en plus au féminin. Photo Rugby31
Pourquoi avoir choisi le rugby ?
Marjorie : J’ai commencé à pratiquer d’autres sports avant et j’ai commencé le rugby parce que mon petit frère jouait. J’ai de suite accroché avec l’ambiance.
Manon : Je vis dans un monde de rugby mais mes parents n’étaient pas spécialement favorables pour que je joue. Quand je suis rentrée à la faculté, mes collègues de classe jouaient et m’ont entrainé dans ce sport. Et le rugby m’a plu dix fois plus que les autres sports que j’avais pratiqués, notamment le basket.

Sentez-vous l’image masculine qui se dégage de ce sport ?
Marjorie : Les mentalités évoluent. Il y a quelques années, les joueuses étaient effectivement vues comme des garçons manqués. Beaucoup ne comprenaient pas la pratique féminine mais maintenant, de plus en plus de monde s’y intéresse.
Manon : Non, au contraire. Pratiquant du rugby, je peux témoigner que les filles qui jouent ne sont pas masculines, loin de là. Depuis six ans que je pratique le rugby, les mentalités évoluent autour, je le vois. Ce sont plus les personnes âgées qui ont du mal à accepter le rugby féminin.

Le sentiment d’être en équipe de France est-il vraiment aussi fort que le décrivent vos homologues masculins ?
Marjorie : Oui, c’est avant tout une grande fierté. Porter le maillot national est toujours quelque chose d’important. C’est une bonne reconnaissance malgré la faible médiatisation dont on bénéficie. Mais, quand on voit cette semaine les gens présents aux entraînements, la presse quotidienne qui parle de nous tous les jours, cela fait vraiment plaisir.
Manon : C’est surtout une fierté de faire partie des joueuses qui peuvent évoluer à ce niveau-là. On bénéficie d’une richesse d’entraînement, de rencontres contre les meilleures équipes mondiales. Ce sont des opportunités énormes. On voit que la médiatisation commence à venir et déjà le peu prend du temps ! Quelque part, ça a du bon d’être moins médiatisé, on n’a pas à subir les critiques parfois très négatives d’après-match, même si c’est forcément bon d’être médiatisé et reconnu.

Quel statut avez-vous en tant qu’internationales ? Y a-t-il des avantages ?
Marjorie : Honnêtement, il n’a pas énormément d’avantages. On a un statut limité même si on est sur les listes de haut niveau. Cela m’a permis de bénéficier d’un aménagement pour mes études (licence de droit en quatre ans). Il y a aussi quelques aides financières avec le comité mais rien à voir avec les hommes.
Manon : Concrètement, on n’a aucun réel avantage. La notoriété du statut m’apporte plus dans la vie de tous les jours. Mon image d’internationale est aussi utilisée à Rebonds ! (Ndlr : association d’insertion sociale dans les quartiers prioritaires par le rugby) mais je ne bénéficie pas d’aménagement dans mon travail.

Avez-vous déjà entendu des remarques négatives sur votre choix de sport ?
Marjorie : Oui bien sûr que j’en ai déjà entendues, mais cela venait plus des non connaisseurs. Quand ils connaissent des joueuses, les gens changent d’attitude.
Manon : Pour ma part, les remarques viennent principalement des femmes âgées. Elles ont du mal à comprendre pourquoi ce sport. Dans ma famille notamment, j’entends encore aujourd’hui des critiques. Sinon, au contraire, les hommes aiment cette pratique. Même si ce n’est pas à la hauteur du rugby masculin, il y a un vif intérêt.

Nathalie AMIEL : "Les filles fonctionnent beaucoup avec l'affectif"

Nathalie Amiel, entraîneur de l’équipe de France féminine s’occupe également des masculins au sein du club de Quint-Fonsegrives. Elle nous livre donc sa perception des différences de management entre les deux sexes.

Quelles différences faites-vous sur le rugby féminin et masculin ?
La comparaison se fait surtout sur l’état d’esprit. Sur un match, quand une joueuse rate une initiative sur les dix tentées, elle ne pensera qu’à ce qu’elle a raté. Les hommes au contraire penseront aux neuf réussies. Les filles n’ont pas de mémoire à court terme. La deuxième caractéristique est que les filles fonctionnent beaucoup avec l’affectif. Elles ont besoin d’aimer où elles sont pour bien jouer. Au niveau physique, sur la préparation notamment, les filles ne bénéficient pas des avantages des masculins. Elles doivent concilier un travail, parfois une vie de famille et c’est compliqué de s’investir dans ce sport à côté et d’y travailler quotidiennement.

En tant qu’ancienne joueuse, sentez-vous une évolution sur le statut du rugby féminin ?
Il y a effectivement une grosse évolution au niveau de la Fédération. Les filles sont considérées différemment par rapport à la fin de ma carrière (Ndlr : en 2002). Il y a plus de prises en charge financières, plus de moyens pour faire des stages, une meilleure préparation. A mon époque, on ne jouait que les 5 Nations et la Coupe d’Europe avec trois matchs. Aujourd’hui, on dispose de plus de matchs. Beaucoup de moyens sont désormais à notre disposition (préparation physique, analyse vidéo..) dont on ne bénéficiait pas avant.

Pensez-vous que cette évolution continuera son ascension ?
Si la Fédération a accepté le Mondial 2014, je pense que c’est parce qu’il y a des ambitions pour continuer à évoluer dans ce sens. Avant, les membres de la Fédération ne comprenaient pas forcément la pratique féminine. Ils ont été confrontés à ce sport par le choix de leur fille pour certains. Il y a aujourd’hui une réelle prise de conscience.

Propos recueillis par Clémence
Deuxième étape du Tournoi cet après-midi pour les Françaises.
Deuxième étape du Tournoi cet après-midi pour les Françaises.

Samedi 11 Février 2012

Nouveau commentaire :


Les derniers articles de la même rubrique

Stéphanie MADAULE (Promotion Rugby Féminin) : "Des joueuses athlétiques mais toujours féminines"

JL - 05/04/2012

Féminines - France-Irlande, "de la théorie à la réalité grandeur nature"

Clémence - 14/02/2012

International - Un peu de féminité dans ce monde de brutes

Clémence - 11/02/2012

France féminines - Manon ANDRÉ et Marjorie MAYANS (Saint-Orens) : "Concentrées, sans trop de pression..."

MT - 09/02/2012

Top 10 - SAINT-ORENS coiffe BOBIGNY sur le fil

Négus - 19/12/2011