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Arbitrage - Romain POITE : "Profiter un maximum de ce Mondial"A bientôt 36 ans, Romain Poite prendra part dans moins d'une semaine à sa première Coupe du monde, en Nouvelle-Zélande après avoir officié à la touche en 2007. Seul arbitre français à se voir confier un sifflet lors du Mondial, il garde néanmoins la tête sur les épaules, ne se laissant pas griser par le professionnalisme. Il garde en effet un contact privilégié avec le rugby amateur sans pour autant renier le métier qui le fait vivre. Licencié à Muret, Romain Poite aborde avec nous en toute simplicité et avec beaucoup d'humilité l'arbitrage sous toutes ses coutures, sans langue de bois et sans détours dans une période où le métier d'arbitre est plus que jamais décrié. (par XIII)
A quoi se résume le quotidien d'un arbitre professionnel comme c'est votre cas depuis 2008 ?
On doit assurer une certaine représentativité au niveau de la FFR mais également répondre aux sollicitations, assurer des réunions. On se rend dans les divers comités pour prêcher la bonne parole et relayer les messages des commissions centrales. En fait, cela dépend des semaines et du fait d’être obligé ou non de se déplacer. On se doit également de se préparer physiquement et par de l’analyse vidéo. En général, je visionne mon match et un autre retransmis. Comme on anime des stages, on acquiert une bibliothèque d’images. Cela permet de voir ses propres erreurs ainsi que celles des autres pour pouvoir évoluer. Vous avez officié lors de la dernière finale de coupe d'Europe entre le Leinster et Northampton : quel a été votre ressenti après ce match incroyable au rythme élevé ? C’est assurément mon meilleur souvenir pour l’instant. C’était véritablement un match intéressant et l’arbitre français ne s’en est pas trop mal tiré (rires). Sur le rythme élevé, quand on prend du plaisir, on n’est jamais fatigué. Je n’ai pas fini en pleine forme mais cela ne m’a pas épuisé non plus. Le mental a beaucoup joué. Il y a eu énormément de turnovers, du suspense et à la pause, il était difficile de croire à un retour du Leinster. Ce fut un réel plaisir d’y être, dans une atmosphère fantastique, avec le toit fermé. Quand on est concentré, on essaye d’être le plus précis possible. Je n’ai pas eu le temps de cogiter. Gérer la pression n’était pas évident mais j’ai vécu ma semaine tranquillement car j’ai pu la partager avec ma famille. Cela m’a permis de penser au match le plus tard possible. Le vendredi, c’est monté d’un cran mais même sur place, j’étais bien entouré. Vous sembliez en excellente position pour réaliser le doublé avec la finale du Top 14 et finalement... J’en ai discuté avec Didier Mené et il est vrai que cette saison, j’avais déjà mangé une grosse part du gâteau avec finale H Cup et la sélection pour la Coupe du monde. Patrick Péchambert s’est imposé pour la diriger et c’est très bien. Cela montre que tout ne va pas aux pros et que ceux qui ont un travail à côté ont autant de capacités. Vous avez tout de même eu droit à une demi-finale. Une question que tout le monde se pose : qui est Michel ? (Rires). C’était le délégué sportif chargé du chrono dans la loge et il avait un micro. Il ne se rendait pas compte qu’il appuyé et qu’il parlait. Je ne suis pas quelqu’un qui a besoin d’avoir l’esprit pollué et c'est pour cela que je lui en faisais la remarque. "Les arbitres restent très ouverts aux critiques"
Revenons à l'actualité et à l'événement à venir avec votre sélection pour la Coupe du monde. Un immense honneur ?
Je reste humble par rapport à mon expérience au niveau international. D’ailleurs, je n’y vais pas seul puisqu’on part avec Jérôme Garcès. C’est une reconnaissance du travail accompli et sacrifice familiaux réalisés. Tout cela paye car la science de l’arbitrage n’est pas exacte. Les durs moments vécus sont estompés. Ce sera ma première et je vais tenter d’en profiter un maximum. Vous allez pouvoir découvrir un choc des cultures entre le rugby du Sud et celui du Nord. Quelles sont les différences ? Il y a une certaine maturité dans le jeu au Sud. En y ayant réfléchi, quand on est allé dans le Sud, on a également gagné. Le calendrier joue un rôle important. Du point de vue du jeu, le Super 15 est très attractif alors que dans le Nord, c’est plus un rugby historique dans le sens où l’on se trouve plus proche du règlement. Ce qui me gène en France, c’est qu’on a l’impression qu’on joue pour ne pas perdre et non plus pour gagner. Maintenant, il n’y a pas de montées ni de descentes en Super 15 ce qui explique d’ailleurs la différence des comportements. On le retrouve d’ailleurs en H Cup où l’on s’aperçoit que les Français jouent mieux qu’en Top 14 où ils sont inhibés. Il y a deux paramètres à prendre ne compte : les joueurs et leurs attitudes. Les Sudistes se nourrissent du mouvement avec des temps de jeu plus importants. Cependant, l’arbitrage doit se rejoindre. Après, la sensibilité, la croyance, l’historique font que l’on réagit différemment face aux situations mais il existe une trame commune vers laquelle on tente tous de tendre. Les arbitres du Sud comme ceux du Nord. On a deux ou trois réunions annuelles et on a les mêmes directives. Les règles ne sont-elles pas trop compliquées ? Il y a eu un changement significatif après 2007 mais après, les directives restent les mêmes. Le paradoxe, c'est qu'à un moment, deux règles, la 14 et la 15, se superposaient (1). Le rugby évolue donc il y a des rappels sur directives et points qui posent problème sont soulevés. A nous de les appliquer. Il faut évoluer avec son temps car le technicien a trouvé une faille dans la règle pour la contourner. Ce n'est pas une question de licite ou illicite mais il profite de la règle pour en tirer un avantage, comme cela avait pu être le cas avec les mêlées simulées. L'arbitrage a plutôt été secoué ces derniers temps avec bon nombre de polémiques. Qu'avez-vous à répondre ? Les arbitres restent très ouverts aux critiques. Elles sont des sources de travail. Maintenant, bien que les joueurs soient pros, ce ne sont pas non plus des surhommes. Ils se mettent parfois hors-jeu, font des en-avants et les arbitres font aussi des erreurs. Ce qui est gênant, c’est la façon dont vient la critique. Dans l’adversité, ça tend les relations. On sait qu’on sera critiqué mais on veut aussi que les gens qui critiquent aient des compétences en tant qu’arbitre. De notre côté, on ne se permet pas de juger le jeu des équipes. Alain Gaillard avait à mon sens une phrase très juste au sujet de l'arbitrage : "les décisions s’équilibrent sur une saison". C'est comme les promus qui disent qu'ils ne sont pas arbitrés de la même façon, c'est totalement faux. Et puis il y a eu la sortie fracassante de Sébastien Chabal... Chabal a dit ce qu’il a dit mais pour autant, je ne le farcierai pas à chaque fois que je l’arbitre. Si j’avais voulu, j'aurai pu le faire payer. On vous voit faire très peu de sorties dans la presse, pourquoi ? Je donne régulièrement des interviewes mais j’aime bien rester en retrait. D'ailleurs, je vis en complète campagne. Je ne cours pas après ça. La notoriété qui s’est installée fait qu'on est plus sollicités mais j'ai plutôt besoin de me ressourcer. Toutefois, je pense que le journaliste sportif a perdu de sa splendeur. Il faut vendre et ce qui a fait parler, c’est l’arbitrage. On prefère passer inaperçu car on n'est pas à la recherche de cette médiatisation. Je pense que les polémiques sont plus "people" qu’autre chose. Toutefois, je continue de lire la presse, le site internet de la Ligue ou lequipe.fr par exemple. C'est concis, on y retrouve les infos que l'on recherche. "Le comportement des gens se dégrade"
Quel regard portez-vous sur le rugby amateur ?
J'en reste très proche. Je prends du plaisir à aller à Muret. J'y retrouve toutes les valeurs que je recherche. Et puis je garde quand même un lien avec le rugby amateur avec les séances d'analyse vidéo de matches de catégories C et D. Le milieu du rugby pro est différent et tout aussi intéressant mais j’aime bien les valeurs qui transpirent chez les amateurs. Avec les meilleurs moments que sont les phases finales. Il y a du soleil, des bandas, des gens se lient pour une identité. Enfin, quel est votre opinion sur la violence grandissante, notamment vis-à-vis des arbitres ? C'est la triste réalité de l'évolution de la société qui se traduit dans sport. Je suis policier et donc bien placé pour voir que le comportement des gens se dégrade. On a l'impression qu'il y a une compétition avec le voisin. Propos recueillis par XIII L'avis de Joël Jutge, ancien arbitre international
Retraité et devenu vice-président de la DTNA, Joël Jutge apprécie la progression de Romain Poite. Photo NR
"Romain, c'est la réussite perso d'un gars qui s'est donné les moyens. A l'instar des Jérôme Garcès, Pascal Gaüzère, Patrick Péchambert et autres Mathieu Raynal, il fait partie de ceux qui bossent, des valeurs sûres de l'arbitrage français. Son arbitrage est en progression sur l'approche, sur le relationnel avec les joueurs. Ceci est encore plus perceptible dans ses matchs à l'étranger car en France, il y a plus de pression, de moins en moins chez les Brtiish. Il dégage une grosse sérénité et se montre efficace sur le terrain sans se perdre malgré l'environnement."
Mardi 6 Septembre 2011
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