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Ana OJERO-SENARD : "Il y a du dopage partout, pas que dans le cyclisme !" (Toulouse, Midi-Pyrénées, dopage)Le 15 octobre 2010, le docteur Ana Ojero-Senard était dans les studios de Radio Occitania lors de l'émission "Il va y avoir du sport" en partenariat avec Sport31.fr. Elle y a parlé dopage sans langue de bois. Elle travaille depuis 2007 au sein de l'antenne médicale de prévention contre le dopage. Son rôle; endiguer ce fléau qui gangrène le sport amateur. Interview vérité sur un monde parallèle qu'il convient de combattre. C'est un document exclusif Sport31.fr... qui fait réfléchir ! (par Sébastien Zanato)
Le dopage dans le rugby prend parfois une autre dimension...
Ana, tout le monde ne sait pas qu’il existe une antenne anti-dopage en Midi-Pyrénées. Je vous laisse avant tout la présenter !
Je suis à l’antenne médicale de prévention du dopage depuis 2007 mais cette antenne a été ouverte en 2002 dans un souci d’inclure la lutte anti dopage en milieu hospitalier. C’est à partir de cet instant que l’antenne apparait au centre des hôpitaux de Toulouse. Cette antenne est sous la responsabilité du professeur Jean-Louis Montastruc. Elle se trouve dans le service pharmacologie clinique à la faculté de médecine allée Jules Guesde. Tout sportif ou personne de leur entourage qui se pose des questions sur le dopage peut très bien nous contacter. Donc si on se pose des questions on peut directement vous contacter ? La mission principale de l’antenne est de recevoir depuis 2002 des sportifs qui ont été confrontés à une problématique de dopage surtout pour ceux qui ont déjà été contrôlés positifs. Normalement, ils doivent nous contacter pour que l’on puisse voir ensemble quelle est la substance, quelles sont les circonstances du dopage. Nous sommes là également pour voir si ces personnes ont des problèmes de santé, psychologique ou de comportement afin de les réorienter vers un autre service pour qu’ils soient pris en charge et pour faire un suivi. Voilà la mission principale. Après ,on s’est vite rendu compte qu’il y avait beaucoup de questions concernant ce sujet et que les gens venaient nous voir pour avoir plus d’information. Y-a-t-il un travail en amont auprès des entités sportives, des clubs, des sportifs avant qu’ils aient cette envie de recourir au dopage ? Il y a de nombreuses structures qui existent dans la lutte contre le dopage comme le CREPS ou la Jeunesse et les Sports qui viennent nous poser des questions. Dans la mesure où nous sommes sollicités pour informer, nous le faisons. Notre rôle est très important dans la mesure où nous essayons de former des personnes qui seront en contact direct avec les sportifs pour qu’eux puissent faire passer l’information de manière quotidienne. Après, j’essaie de mettre en place de nombreuses informations dans les facultés, les kinés, les étudiants en médecine. On essaie d’ouvrir au plus grand nombre. D’autant plus que le dopage est présent partout depuis toujours… Je suis tout à fait d’accord. Le dopage n’est pas quelque chose qui est apparu aujourd’hui ; il existe depuis la nuit des temps. "Il y en a dans tous les sports, même dans la pétanque avec des papis qui sont contrôlés positifs aux bêtabloquants pour ne pas trembler !"
Pouvez-vous nous donner une vraie définition du dopage ?
"Dopage" est un mot qui provient d’un dialecte cafre bantou d’une peuplade africaine, d’une tribu qui utilisait un mélange à base de cola, alcool et xanthine pour des cérémonies d’initiations particulières. Le mot "doping" est apparu avec les courses de chevaux en Angleterre. Le dopage vient donc de très loin. Actuellement, la définition du mot dopage d’aujourd’hui ne concerne que le monde du sport et des sportifs. Le dopage est différent de l'acte de se doper qui nous concerne tous. Se doper est au final quelque chose que nous faisons tous plus ou moins pour augmenter une sensation de confiance en soi ou pour pouvoir faire face à un obstacle qu’il soit réel ou pas. Pour être en forme, on prend du café par exemple… Le dopage dans le contexte sportif signifie que l’athlète prend une substance pour augmenter sa performance. Dans cette définition, il y a aussi actuellement le fait de détenir une substance même si on ne la consomme pas, d’en faire un trafic, de ne pas se présenter à un contrôle antidopage ou encore ne pas répondre à une localisation du dopage. Le dopage maintenant fait surtout référence à une liste qui est établie par l’agence mondiale de lutte contre le dopage (l’AMA, ndlr). C'est-à-dire que si la substance se trouve sur la liste c’est du dopage et inversement. On entend souvent dire que légaliser le dopage permettrait de mettre tout le monde sur le même pied d’égalité. Quel sont les effets secondaires qui découlent de la pratique du dopage pour les sportifs ? C’est une grande question que certains se posent : savoir s’il ne faudrait pas légaliser pour que cela soit mieux contrôlé. Ce serait la négation du sport ! Dans le sport il y a de l’éthique. On n’en parle jamais mais elle existe… tout comme la santé des sportifs. S’il s’agit de faire du sport pour se suicider c’est un choix mais on ne peut pas l’accompagner. En tant que médecin, je suis là pour sauver des personnes qui ont des maladies et pour faire en sorte que d’autres ne tombent pas malade. Je ne suis pas là pour les aider à mourir en pleine santé. C’est une question de fond. Les effets indésirables vous pouvez les avoir avec les corticoïdes, les anabolisants, le cannabis même. Et tous ont des effets graves sur le corps. Il y a des effets indésirables à court mais aussi à long terme. Cela peut expliquer comment des sportifs ont pu avoir des problèmes cardiaques, des crises de violence et même de psychose, comment ils sont tombés dans la toxicomanie, devenu stérile… Le dopage touche tout le monde, même dans le monde amateur quelque soit l’âge ou le niveau. Que voyez-vous vous à ce niveau là ? Disons que quand j’entends la mise en avant de certaines affaires de dopage en ciblant souvent la même discipline, je me dis qu’il s’agit surtout de dévier l’attention. Bien sûr qu’il y a du dopage partout. Il n’y en pas seulement dans le cyclisme, c’est archi faux. Il y en a dans tous les sports, même dans la pétanque. Vous avez des papis qui sont contrôlés positifs aux bêtabloquants pour ne pas trembler ! Et il y en a énormément au niveau amateur et il faudrait plus en parler. Dans des salles de gym, des clubs, il y a des jeunes et des enfants qui sont poussés à prendre des produits. C’est une conduite dopante. On commence par normaliser la chose expliquant que c’est normal de prendre quelque chose pour améliorer un secteur. De quels sports parviennent en majorité ces dopés ? Avez-vous par exemple des footballeurs… ? Depuis 2002 nous recevons des sportifs venus de tout horizon. Il y a surtout du rugby, l’athlétisme, le cyclisme, le foot, l’alpinisme, le golf, le ski… "Certains compléments alimentaires sont contaminés par des produits considérés comme dopants."
Pour les sports comme le foot et le rugby il s’agit de quel genre de dopage ?
La première substance qui a été mise en première place est le cannabis, la seconde sont les corticoïdes et les troisièmes sont les anabolisants et les substances pour traiter l’asthme. Voici le podium mais nous avons de tout, de l’hormone de croissance, et surtout tous les compléments alimentaires. Ces derniers sont très dangereux notamment car le fabricant n’est pas obligé de mettre sur l’étiquette la composition exacte de tout ce qu’il y a dedans. Certains compléments alimentaires sont contaminés par des produits considérés comme dopants. Dans le sport automobile des calmants sont donnés aux pilotes pour supporter la douleur causée par le sport et leur permettre de faire la course. On peut donc considérer cela comme du dopage. Qu’en pensez-vous ? Mais bien sûr que oui. Et c’est bien là le cœur du problème. J’ai entendu lors d’un congrès médical de rugby un joueur qui disait qu’il aimerait que le temps de repos soit bien respecté tout comme le temps de remise en forme après une blessure. Quand on parle d’alternatives au dopage, qui est un sujet intéressant, le respect du temps de repos est un aspect fondamental. Le problème c’est qu’il ne veut pas prendre ce temps, parfois il ne peut pas… Une personne qui fumerait un joint avant une rencontre serait donc considéré comme dopé ? Le cannabis est un sujet extrêmement compliqué. Il faut quand même rappeler que cette substance est illégale en France. On ne parle pas de sucre mais de quelque chose qui est illégal. Ensuite, il y a plusieurs niveaux dans sa consommation. Il y a celui qui en a pris deux jours avant lors d’une fête et qui n’a aucune intention de se doper, et il y a ceux qui fument de façon régulière. Mais comme le cannabis est illégal, si vous êtes contrôlés positif cela sera de votre responsabilité. Le sportif est responsable de tout ce qu’il prend, de tout ce qu’il fait. A vous écouter, on comprend que l’on parle de dopage lorsque l’on prend quelque chose qui permettra au corps de proposer plus que ce qu’il ne peut. Que pensez-vous des boissons énergisantes que l’on trouve dans le commerce ? Je voudrais avant tout faire une différence entre les boissons énergisantes et énergétiques. Ces dernières vont combler un manque chez le sportif qui pratique une activité sportive intensive. C’est quelque chose de conseillé pour le bon équilibre du corps. Les boissons énergisantes vont vous apporter une soit disant énergie. Il s’agit globalement de la caféine et du sucre. Dans ces boissons il y a quand même d’autres composants comme la taurine, la glucuronolactone qui, même s’il n’y a jamais eu des travaux sur des êtres humains, possèdent des effets indésirables. Les travaux sur les animaux ont cependant montré des problèmes sur le système nerveux central et sur les reins. Il faut donc faire attention. Les sportifs ont pris l’habitude d’en consommer lors de l’entraînement ou avant les matches, or ces boissons peuvent augmenter la fréquence cardiaque, la tension artérielle et pourraient produire des effets cardiaques indésirables. "Il faut se poser la question de ce que l’on veut comme sport, de ce qu'on demande aux sportifs."
En ce qui concerne le sport pro. Honnêtement, est-ce possible d’enchainer les étapes comme sur le Tour de France ou de faire près de 80 matches de football dans l’année ?
L’antenne de prévention du dopage s’appelle aussi centre Pierre Dumas à la mémoire du docteur Dumas, alors médecin sur le Tour de France, qui a essayé de sauver le cycliste Tom Simpson, mort au Mont Ventoux. Il a beaucoup travaillé dans la lutte contre le dopage. Pour répondre à la question, je pense qu’actuellement la pression qui est sur les sportifs est très grande et de toutes sortes, économique, sociale, familiale, des médias aussi. On demande peut-être à certains d’être très largement au-delà de ce qu’un corps humain peut physiologiquement donner même avec des efforts énormes. Tom Simpson avait pris des amphétamines pour pouvoir monter. Peut-être que dans certains sports, les conditions sont trop dures pour les sportifs. Je ne parle pas seulement de l’entourage, mais aussi du public, de nous tous qui en demandons toujours plus. Le sport ne favorise t-il pas le dopage dans le sens où il serait un facteur essentiel pour sa survie ? Je pense que nous sommes dans le grand débat du dopage. Ce grand débat c’est tout ce qu’il a de caché et dont on ne parle pas. Il faut se poser la question de ce que l’on veut comme sport, que demande-t-on aux sportifs ? Est-ce que l’on souhaite qu’ils s’amusent et que nous en profitions avec eux ou alors qu’ils soient surhumains. Que voulons-nous ? Il faut tout prendre en compte, son entourage, le public, les questions économiques, l’argent, la politique… Parlons de l’affaire Contador, contrôlé positif au clenbuterol, un anabolisant d’origine vétérinaire qui permet de renforcer la ventilation et diminuer la masse graisseuse. Que faut-il penser de cette histoire ? Dans un premier temps, je pense que cela est trop médiatisé. Nous n’avons pas encore des données très claires sur l’origine de cette substance. On ne sait pas très bien comment elles est arrivée à son corps. L’Union Cycliste Internationale dit une chose, l’AMA en dit une autre, les laboratoires de Barcelone aussi… Dans la mesure où on ne sait pas, on se tait. On attend que les choses soient claires. Après, le clenbutérol est une substance vétérinaire. C’est un médicament que l’on utilise chez les animaux et que certains sportifs utilisent surtout dans le milieu du culturisme. Elle a un effet sur les capacités respiratoires et anabolisant, elle augmente la masse musculaire. Après comment est-ce arrivé dans son corps... ? En tant que médecin qu’en pensez-vous ? Peut-on réellement être intoxiqué en mangeant de la viande ? Bien sûr. On peut avoir une contamination alimentaire. Il faut donc rester très prudent. La quantité retrouvée est très faible. Elle peut venir d’une contamination. Est-ce par rapport à la viande qu’il a mangée ? Je ne sais pas du tout. Ce qui est vrai est qu’il y a une grande controverse en Espagne puisqu’ils se sont mis à chercher la boucherie d’Irun d’où provenait la viande car cela devient un problème de santé publique s’il s’avère que cette substance provient effectivement d’un bovin. Mais dans l’histoire de Contador, le plus embêtant n’est pas le clembutérol mais les traces de plastique qui ont été décelées. Là c’est une autre histoire. Il s’agirait de plastiques qui proviendraient de poches de sang qui correspondraient à une transfusion sanguine. Les résultats dans ce cas là, ne sont pas si infimes que cela. Comment expliquer ces traces… ? Juste avant de conclure. Vous avez dit que le clembutérol était une substance vétérinaire. Ne craigniez-vous pas une nouvelle dérive dans laquelle des dirigeants vicieux se serviraient de viande pour y injecter des produits dopants pour que ça passe ainsi pour une intoxication alimentaire ? Oui. Les personnes qui sont dans le monde du dopage sont en avance constamment par rapport aux organismes de lutte. Quand on parle de nouveaux produits qui sont en analyses cliniques, il faut penser que des sportifs s’en servent déjà. propos recueillis par S.Z. (avec N.L.C, N.R., A.K, P.C. et A.C.)
Ana Ojero-Senard travaille depuis 2007 au sein de l'antenne médicale de prévention contre le dopage de Midi-Pyrénées.
CONTACT
Antenne Médicale Midi-Pyrénées de Prévention du Dopage et des Conduites Dopantes Centre Pierre-Dumas Professeur Jean-Louis Montastruc Faculté de Médecine 37, allées Jules-Guesde 31000 TOULOUSE Tel : 05 61 52 69 15 ou 05 61 14 56 46 Fax : 05 61 77 79 84 dopage.toulouse@cict.fr Samedi 30 Octobre 2010
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